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La musique, un art qui n’a pas de sens?

Dimanche, juillet 17th, 2011

En lisant l’interview de Michel Serres dans  Telerama (n°3209 du 16 juillet), j’ai été frappé par la question du journaliste Xavier Lacavalerie, qui interpelle le philosophe en affirmant que « la musique n’a pas de sens. Une note, un accord, un mode, une mélodie ne veulent rien dire! »

J’ai trouvé très juste la réponse de Serres : « n’étant porteuse d’aucun sens, la musique les possède tous. »  Mais frustré car il n’approfondit pas son idée…

La question du sens de la musique est un des problèmes que j’ai pu aborder dans mon travail de mémoire de philosophie. J’en suis venu à la conviction que la musique est un moyen de communication métaphysique compréhensible par tous, et qui précède tout langage. D’où son caractère universel qui fait que deux musiciens qui ne parlent pas la même langue n’ont pas besoin de traducteur pour se comprendre.

La musique n’a pas de sens parce qu’elle n’est pas l’expression de l’univers ou de quelconque activité humaine. La musique préexiste à l’homme, contrairement à la peinture, la danse, la littérature, etc. Au lieu de dire que la musique exprime le sens de telle ou telle situation, ce qu’il faut plutôt dire, c’est que ce sont les choses qui trouvent leur sens à travers la musique. Ainsi une même musique peut illustrer deux scènes de films complètement différentes ; cette musique n’exprime ni le sens de l’une ni de l’autre, mais les deux scènes trouvent elle-mêmes leur sens à la lumière de cette même musique. Comme la manière dont brilleraient sous les rayons du même soleil deux visages différents.

Au lieu d’exprimer la quintessence des choses et des situations, la musique les révèle, les dévoile. La musique est un monde à part, un univers à elle toute seule qui obéit à des lois et à un mode de manifestation différentes de l’univers phénoménal que nous connaissons et dans lequel nous évoluons. Les deux univers s’interpénètrent, mais ne fusionnent pas. La sculpture, la poésie ou la peinture restent prisonnières du monde des phénomènes, car ce sont justement les phénomènes (le marbre, les mots, les couleurs) qui sont à la base de ces arts et qui les font exister. La musique, elle, est par essence métaphysique, dans le sens où par nature, elle provient de cet autre univers, un univers qui précède le nôtre, qui n’exprime absolument rien de notre univers.

Cette antériorité de la musique par rapport au monde – difficile à saisir, je vous l’accorde… – est vraiment la clé maîtresse, selon moi, pour comprendre le mystère de la musique… Certes, il a fallu que Beethoven naisse pour que soit léguée à la postérité la 9e Symphonie. Elle n’existait pas à l’époque des dinosaures, ni au moment du Big Bang. Mais la symphonie est faite avec des éléments métaphysiques – les sons, l’harmonie, le rythme, que le compositeur a su organiser, modeler, pour générer sa symphonie.

D’où le fait que la musique n’a pas de sens… Si on entend par là que la musique n’exprime rien de notre monde. Mais vu de son point de vue à elle, la musique a bel et bien un sens : celui d’être la clé de voûte par laquelle les choses se découvrent leur vérité profonde…

« La musique classique n’est pas naturellement proche de la spiritualité »

Mercredi, octobre 13th, 2010

Telle est la pensée de Claire Gibault, chef d’orchestre convertie à la foi orthodoxe, interviewée par le magazine Prier. En tant que mélomane agnostique, voila une pensée qui me laisse songeur, et qui me surprend beaucoup venant d’une croyante, car pour moi, la musique est d’essence spirituelle… Peut-être y’a-t-il confusion dans les termes ; pour moi, quelque chose de spirituel, c’est quelque chose d’immatériel, qui peut très bien se comprendre par l’esprit, la conscience. L’imagination, la pensée, la mémoire, les émotions… Pour moi ce sont là des entités spirituelles (psychiques), des choses ressenties de l’intérieur par notre conscience, et qui sont par conséquent immatérielles. La Spiritualité telle que la conçoivent les croyants, est  réservée au domaine de la foi, de l’esprit qui adhère à un sentiment exclusivement religieux.

Claire Gibault continue en disant :   »On peut très bien diriger les Vêpres de la Vierge de Monteverdi ou la Passion selon St Matthieu de Bach sans éprouver la moindre émotion religieuse ».

Elle distingue donc « émotion religieuse » et « émotion musicale ». J’avoue que cette phrase me paraît très obscur, moi qui ressens de très fortes émotions musicales (souvent grâce aux musiques sacrées et religieuses!), mais pas d’émotion religieuse, dans le sens où je ne n’adhère à aucune foi.

Mais qu’est-ce que Dieu et qu’est-ce que l’émotion religieuse, si on ne ressent aucunement dans la foi le sentiment d’Unité qui nous lie au tout de l’univers ? La foi serait donc autre chose?

Monteverdi et Bach, de fervents croyants, nous ont légué les plus grands chef-d’oeuvres de la musique sacrée qui soient ; n’ont-ils donc ressenti aucune émotion religieuse au moment de les composer ?!

Si j’étais croyant, je croirai en un Dieu compositeur, car les émotions musicales sont les plus belles émotions que j’ai jamais ressenties, ce sont les plus belles, celles qui ont brisé la coque de ma subjectivité pour élever ma conscience sur un autre plan qui embrasse le tout de l’univers, me donne l’impression de fondre dans le Tout, la Nature…