Liturgie spatiale pour Monteverdi
Jeudi, janvier 29th, 2009« Un grand nombre de Français prennent des antidépresseurs et vivent dans la solitude du grand amour. Avec la crise, ils risquent de sombrer dans l’alcool et dans la drogue. Ceux qui auront entendu les Vêpres, vivront autrement c’est sûr. »
Telle est, en tout cas, la conviction du plasticien russe Oleg Kulik, créateur de la « liturgie spatiale » donnée en janvier 2009 au Théâtre du Châtelet, un spectacle enivrant élaboré à partir des Vêpres à la Vierge de Claudio Monteverdi, mêlant musique, chorégraphie, bruitages, lumières, parfums et costumes… Un festin sensoriel dont la bizarrerie contemporaine a sans doute offusqué plus d’un puriste, mais que les plus affranchis auront savouré avec ravissement et plénitude, tant la mise en espace et en couleurs, loin de l’endommager, profite à ce chef-d’oeuvre immortel de la musique sacrée composé il y a 400 ans.
La musique, temporelle par essence, revêt chez Monteverdi une dimension très spatiale qui se ressent particulièrement bien dans les Vêpres et le « Magnificat » notamment (double choeurs, effets d’écho…). Le choix d’Oleg Kulik (révélé en rêve, d’après ses dires, par Monteverdi lui-même…) n’est donc pas surprenant vu à quel point la mise en perspective de cette musique semble évidente et nécessaire pour être appréciée à sa juste valeur. Musique et lumières se fondent en une esthétique singulière, par moments énigmatique et hallucinée, à d’autres magique et hypnotisante, mais contrairement à ce qu’on aurait pu penser, le visuel ne vole pas la vedette au sonore. Le visuel sert la musique, la valorise et la magnifie. Certes, l’inventivité plastique de l’artiste russe a de quoi étonner et déconcerter par son étrangeté, mais plus que les détails, c’est l’impression générale qui importe, l’expérience fusionnelle et contemplative proposée au spectateur. La conception sonore d’Hermes Zygott est assez curieuse (mélange de cloches, cigales, tonnerre, craquement de tablette de chocolat, sons de tracteur, etc…!), mais jamais elle ne pollue la substance musicale première, interprétée avec fidélité et respect pour le compositeur. Le chef Jean-Christophe Spinosi, l’Ensemble Matheus et le Choeur du Châtelet nous offrent une prestation extraordinaire, malgré quelques décalages qu’on peut leur pardonner en raison de la complexité chorégraphique et scénographique.
Malgré la nature religieuse des Vêpres et le terme de « liturgie spatiale » employé par Oleg Kulik, l’expérience se veut avant tout esthétique :« j’attends du public un élan non pas vers Dieu mais vers les autres » dit Oleg Kulik. Mais libre à chacun de vivre l’émotion élévatrice de ce spectacle étonnant comme il le souhaite.
Concert. Paris, Théâtre du Châtelet. 29-01-2009.Claudio Monteverdi (1567 – 1643) : Vespro della beata Vergine. Conception visuelle, mise en sècne, lumières et costumes : Oleg Kulik. Scénographie : Denis Kryuchkov. Conception sonore : Hermes Zygott. Choeur Du Châtelet, direction : Gildas Pungier. Ensemble Matheus, direction : Jean-Christophe Spinosi.