Une Folle journée plus baroque que jamais…
Vendredi, février 13th, 20095 jours, 300 concerts, des centaines de musiciens et une pléthore de spectateurs. La Folle Journée de Nantes 2009 s’achève avec autant de succès que ses éditions précédentes, malgré une programmation un peu plus aventureuse dans le baroque allemand de Schütz à Bach.
Chaque année au mois de janvier, la Cité des congrès de Nantes, véritable machine à voyager dans le temps revient à son point de départ. A son bord, les vestiges et autres trésors amassés durant son séjour dans le passé musical européen. Les différents compartiments de l’immense vaisseau, rebaptisés pour l’occasion au fil de ses haltes et de ses rencontres, ouvrent leurs portes à des milliers de curieux venus en masse admirer le fruit des trouvailles.
Cette année les aventuriers-musiciens ont revisité les XVIIe et XVIIIe siècles germaniques s’arrêtant tour à tour dans les villes de Lübeck, Muhlhausen, Leipzig, Eisenach, Ohrdruf ou Lunebourg pour y rencontrer les illustres Buxtehude, Praetorius, Schütz, Weckmann ou Böhm avant un séjour plus allongé chez le grand Bach. De ces hommes plus ou moins célèbres, il nous a été ramené des fragments de génie et de créativité qui, durant cinq journées complètement folles, ont été réanimés en un florilège musical des plus festifs.
Éclairer les origines de la musique de Bach, montrer Bach lui-même, mais s’intéresser également à la fascination et la transformation de son héritage par la postérité, tels ont été les différents caps du commandant de bord René Martin, dont c’est la quinzième sortie du genre. Une impressionnante flopée de musiciens s’est rejoint à lui pour l’aider dans sa tâche, et non des moindres.
Il est 18h45 samedi soir, les dernières notes de la Messe en si Bach résonnent dans l’Auditorium Eisenach par l’Ensemble Vocal de Lausanne pendant que la pianiste Anne Queffélec entame dans la Salle Leipzig un tortueux récital de transcriptions pour piano, et que la violoniste Isabelle Faust poursuit sa lutte acharnée avec les gammes diaboliques de la Partita pour violon n°2 dans la salle Muhlhausen. Dans la grande halle de Lübeck, le va-et-vient de musiciens et de spectateurs errants se continue inlassablement, entre ceux qui cherchent la bonne salle, ceux qui sont amassés devant les stands de livres, de partitions ou de T-shirts, ceux qui font patiemment la queue pour recharger leur clé USB avec le concert qu’ils viennent d’entendre, ceux qui attendent le début de la prestation du Renegade Steel Band sur le podium central. A côté de tout cela, journalistes, enquêteurs, photographes, radios et chaînes télévisées s’activent pour faire interviews, instantanés, retransmissions. De l’aube à minuit, jamais ne se ralentit l’agitation de la fourmilière, jamais ne se tait le bourdonnement de la ruche. Tout est fait en faveur de la seule et unique Musique « classique », l’Eternelle, Reine du vaisseau, sujette de toutes les vénérations, et dont Bach, Schütz et les autres sont cette année les heureux représentants. Tous les ans depuis 15 ans, c’est Elle qui est célébrée dans le cadre de l’évènement musical français le plus extraordinaire par un public passionné et des artistes célèbres (The Tallis Scholars, Ton Koopman, Tatjana Vassiljeva, Brigitte Engerer, Philippe Jaroussky…).
Avec des exceptions remarquables comme le programme Schütz des Tallis Scholars par exemple, il est vrai que la qualité des interprétations n’est peut-être pas toujours à la hauteur du goût des plus exigeants – les conditions de concert sont souvent éprouvantes pour les musiciens – mais le niveau d’excellence n’est pas le critère essentiel de La Folle Journée. La force de ce festival est ailleurs, dans son souci de démocratiser et de rendre accessible à un plus grand nombre la musique classique (baroque, pour le coup cette année). La folle Journée, loin d’être un rendez-vous pour mélomanes élitistes, pose un défi avant tout sociologique dans sa volonté d’ouverture. Les préjugés tombent dans cette ambiance unique qui ne ressemble à aucune autre ; c’est une vraie fête au bon sens du terme, dans laquelle la musique est célébrée sans tabous et au sortir de laquelle les spectateurs acquièrent une passion nouvelle et conservent des souvenirs enchanteurs.
Avec ses centaines de concerts affichés quasi-complets, l’édition 2009 de ce Festival qui ne ressemble décidément à aucun autre a une fois de plus remporté un très large succès. On regrette juste que l’évènement n’attire pas plus de jeunes mélomanes. Vidé de ses centaines de milliers de visiteurs, le vaisseau se remettra dans quelques jours en route pour une nouvelle expédition annuelle, qui s’annonce plus pianistique que jamais avec Chopin et la célèbre génération 1810… On ne manquera sous aucun prétexte son retour dans douze mois.