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Claude Debussy à l’Orangerie : une invitation au voyage

Samedi, mai 19th, 2012

Pour le cent-cinquantenaire de la naissance de Claude Debussy, le musée de l’Orangerie accueille jusqu’au 11 juin une exposition consacrée aux affinités artistiques, littéraires et picturales du compositeur. Quand chansons et mélodies se font couleur, matière et mouvement.

Peu de compositeurs allient comme Debussy complexité de l’écriture, univers foisonnant, et popularité auprès du grand public. Son nom évoque à la fois préciosité et délicatesse du style français, orchestre miroitant, douce ironie, rire mordant … autant d’ingrédients à picorer au fil des couloirs de l’Orangerie, à Paris. Une immersion sur fond bleu, un parcours en arabesque, quelques notes de musique : voilà ce qui attend le visiteur de l’exposition « Debussy, la musique et les arts« .

Blue note

Le bleu d’abord : céruléen, profond, quasi vibrant, il évoque bien sûr un célèbre poème symphonique du compositeur, La Mer (1903-05), ainsi que certaines pièces pour piano (Reflets dans l’eau, Images, 1904). Recouvrant l’ensemble des murs, trait d’union entre des objets aussi hétéroclites qu’un tableau de Renoir, une estampe japonaise, une lettre autographe, ou un vase Emile Gallé, cette couleur s’impose comme une évidence. Bleu et musique (et pas seulement celle de Debussy) semblent intrinsèquement liés par quelque alchimie secrète que l’on serait bien en peine de
démêler.

La Mer, vase d'Emile Gallé

La pénombre qu’instaure la nuance choisie est propice à une déambulation rêveuse que Debussy lui-même n’aurait sans doute pas reniée, et tranche avec l’extrême luminosité qui règne dans le reste du musée : entamer le parcours de cette exposition, c’est littéralement se laisser immerger dans l’univers d’un compositeur sérieusement fantasque.

Promenade en arabesque

Les salles thématiques se suivent en une ligne qui ne pouvait tracer autre chose qu’une arabesque, figure symbole de cet Art Nouveau que Debussy affectionnait tant. Des premières œuvres comme La Damoiselle élue (1893), cantate inspirée d’un poème de Dante Gabriel Rossetti (également peintre préraphaélite), au cercle des amis (parmi lesquels rien moins qu’Ernest Chausson, Edgar DegasHenry Lerolle et ses filles, ou encore Stéphane Mallarmé…), en passant par la Grèce des nymphes et le Japon des estampes, c’est toute l’atmosphère artistiquement bouillonnante de la Belle Epoque que l’on traverse. Assis au piano entouré d’amis et admirateur, Debussy respire l’insouciance et l’assurance de son jeune talent sur les photographies prises par Pierre Louÿs, Degas ou Lerolle. La guerre est encore loin, et le siècle nouveau prometteur… Pendant surprenant au plus connu Portrait par Marcel Baschet (1882), ces tirages argentiques, certes quelque peu fanés par les ans, redonnent corps et chair à un personnage que l’on s’imaginait presque fait d’harmonisations subtiles et de peinture à l’huile…

Les îles d'or, par Henri-Edmond Cross (1891-92)

L’abondance des bibelots et documents exposés complète une très belle et très riche collection de tableaux, sculptures et photographies. Près de La Valse de Camille Claudel, couple de danseurs dont le mouvement s’affranchit de la pesanteur du bronze, et de sa Petite châtelaine (Debussy possédait un exemplaire de chaque), des objets plus quotidiens rappellent le travail du compositeur tout en révélant son goût pour les curiosités : un presse-papier en forme de crapaud (l’imaginer trônant sur une liasse de partitions ne peut manquer de faire sourire), une lampe dont l’abat-jour se découpe en lames de laiton (éclairage des nuits blanches ?), un étui à cigarettes disproportionné pour le fumeur compulsif qu’était Debussy… Un regret toutefois : certains de ces objets, pourtant déjà sous verre, ont été placés sous un fin voile (type moustiquaire) qui gêne la vue et la lecture des cartels. Très certainement, il y a une raison à cela, que ne connaissent néanmoins pas les surveillants en salle.

Et la musique dans tout ça ? Il est vrai que l’on en entend peu, à peine quelques échos lointains d’un extrait de Pélléas et Mélisande (1902) qui tourne en boucle. Si l’on est musicien, il faut se contenter de la lecture des partitions autographes de Debussy (le Prélude à l’après-midi d’un faune entre autres). Tout le monde ne lit pas la musique me direz-vous… Alors remettez-vous en aux indications de Monsieur Croche lui-même, et faites ce voyage en mer debussyste sous un vent « tristement élégant », voire « rêveusement lent ».

Pour aller plus loin

Debussy, la musique et les arts au Musée de l’Orangerie jusqu’au 11 juin 2012, gratuit pour les moins de 25 ans. Pour plus d’informations : www.musee-orangerie.fr

A lire pour les plus mordus :
- Le catalogue de l’exposition, Debussy – La musique et les arts, Paris, Musée de l’Orangerie/Skira Flammarion, 2012
- Claude Debussy, Monsieur Croche et autres écrits, Paris, Gallimard coll. « L’Im aginaire », 1987

Mahler s’expose au Musée d’Orsay

Vendredi, avril 8th, 2011

Expo Mahler au musée d'Orsay, jusqu'au 31 mai 2011Alors que des hordes entières de touristes s’agglutinaient dans les grandes galeries aménagées pour accueillir l’expo Manet,  je préférais quant à moi l’intimité et la tranquillité des 3 petites salles dédiées à Gustav Mahler, dont on célèbre cette année les 100 ans de la mort.

Une expo qui ‘a pas eu très grande presse, sans doute de par ses dimensions assez modestes, mais qui vaut vraiment le détour, surtout si vous êtes déjà familier avec l’univers du grand symphoniste autrichien.

L’imposant buste de Rodin, sculpté en 1909 – deux ans seulement avant la mort de Mahler -,  vous accueille avec majesté dans la première salle, garnie de peintures, dessins, pastels et photographies. A noter, en passant, une superbe sculpture miniature en bronze de Ludwig van Beethoven.  Dans la deuxième salle, une vidéo d’Alma Mahler – très âgée – qui confie des souvenirs précieux sur les 10 années passées aux côtés du grand homme, et des photos de la soprano Anna von Mildenburg, l’une de ses premières amours. Dans la troisième salle, des travaux de scéongraphie d’Alfred Roller – le grand metteur en scène et collaborateur de Mahler à l’Opéra de Vienne, dont les productions des opéras de Wagner firent date – et des manuscrits originaux, notamment le chant Ich bin der Welt abhanden gekommen (« Je me suis retiré du monde ») et le début de la Symphonie n°9, sur lequel Mahler a écrit, en grosses lettres « Lebe wohl, Welt! » (Adieu, Monde!).

Mais pour moi, le temps le plus fort de l’expo, c’est la possibilité de suivre la Symphonie n°4 (diffusée par les enceintes dans les 3 salles) sur le manuscrit original, intégralement déroulé pour l’occasion! Pour les non-initiés à la lecture de notes, une lumière s’allume sur chaque page de la partition, à mesure que la musique avance. Un moment vraiment très émouvant! C’est comme assister à l’éclosion du génie de Mahler, sympathiser avec son énergie créatrice… Seul regret, le volume n’est pas réglé assez fort, et avec les bruits environnants, difficile de se concentrer et d’entendre les moments pianissimo, surtout dans le mouvement lent. Il aurait fallu à mon avis une salle isolée entièrement dédiée à cette seule symphonie.

Exposition jusqu’au 29 mai 2011, accessible avec le billet musée. Retrouvez une présentation détaillée de l’expo sur le site web du Musée d’Orsay.