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Edna Stern : « les préludes et fugues de Bach sont mes amis intimes »

Mardi, mars 3rd, 2009

Pour son nouveau disque qui vient de paraître, la pianiste d’origine israélienne Edna Stern opère un retour à J.S Bach. Rencontre avec une musicienne brillante, à tous points de vue…

Edna Stern, après un détour par le romantisme passionné de Robert Schumann, vous revenez avec ce nouveau disque à J.S. Bach, compositeur qui avait inspiré votre tout premier album. Votre relation semble très intime… D’où vous vient cet attachement ?

« Intime » est un mot bien choisi en effet, je pense que cela provient du fait que ces pièces de Bach ont été longtemps à mes côtés, le prélude et fugue no. 2 en do mineur  et le no. 7 en mi bémol majeur font partie des premières pièces que j’ai apprises de ce livre I du Clavier bien tempéré, j’avais 11 ans en les découvrant. J’ai beaucoup changé depuis et ces pièces aussi dans ma façon de les percevoir. Je les considère comme des amis intimes qui, tous les jours, ont quelque chose à m’apprendre sur la musique, mais aussi sur la vie en général.

Pour Bach « le but de la musique devrait n’être que la gloire de Dieu et le délassement des âmes »… Avez-vous cherché à accentuer cette ferveur religieuse par votre interprétation si intimiste de ces préludes et fugues ?

Non, en même temps, toute cette période intensive de travail sur le disque et sur son répertoire m’a permis de comprendre l’importante place qu’occupaient la religion et la recherche du bien et de la vertu chez Bach. Je me suis intéressée à ce sujet pour la première fois aussi de manière intellectuelle en lisant le livre l’Enracinement de Simone Weil, pour qui « il y a un point de grandeur où le génie créateur de beauté, le génie révélateur de vérité, l’héroïsme et la sainteté sont indiscernables ». J’ai écrit mes impressions sur ce livre et le lien avec Bach sur le site www.pandalous.com.

Avez-vous déjà imaginé rencontrer Bach, et vous être demandé quelle serait sa réaction à l’écoute de votre interprétation très personnelle de sa musique ?

Je n’ai jamais pu imaginer une rencontre pareille (même là, en essayant, je ne réussis tout simplement pas à l’imaginer), par contre, j’ai souvent imaginé Bach découvrant le piano d’aujourd’hui. Je suis convaincue qu’il aurait été enthousiaste de ses possibilités et je me demande souvent de quelle manière il aurait écrit sa musique pour cet instrument. D’une certaine façon, pour moi, Bach n’écrit pas pour un instrument précis et c’est exactement ce qui fait son universalité, sa musique dépassant des critères précis d’esthétiques sonores. Mais parfois, dans certaines pièces, on sent et on entend le son de l’orgue, du clavecin, du violoncelle – comment aurait-il écrit pour qu’on entende le son du piano ?

Au lieu de proposer une intégrale des préludes et fugues, vous évitez cette démarche conventionnelle en proposant un programme sélectif mûrement réfléchi, structuré par quatre chorals. Ecouter votre disque d’un bout à l’autre, c’est comme assister à une histoire faite de romances sans paroles…

J’ai construit le disque de cette manière car je ne suis pas convaincue que le Clavier bien tempéré ait été écrit dans le but d’être joué/écouté d’un bout à l’autre. Il me semble que Bach l’a composé plus dans le but d’explorer (même épuiser) toutes les possibilités liées à la forme et aux tonalités. J’ai donc essentiellement construit le disque par rapport à cet aspect de tonalités différentes, de leurs affects et de leur caractère. Je trouve que les tonalités peuvent être comparées aux couleurs d’un tableau. J’ai essayé diverses combinaisons pour rester sur celles qui me plaisaient le plus et qui allaient ensemble avec la progression tonale, sonore et psychologique du disque. Pour ce qui est des chorals, c’est comme si j’affirmais la couleur générale du groupe de préludes et fugues qui suit.

Vos futurs projets vont-ils à nouveau concerner Bach, ou bien allez-vous explorer d’autres horizons ?

Mon prochain projet a pour sujet les concertos de jeunesse de Mozart. J’enregistre ce disque le mois prochain avec l’orchestre d’Auvergne et Arie Van Beek. Je vais certainement explorer beaucoup de sujets différents dans le futur mais je compte toujours et régulièrement revenir vers Bach.