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Arvo Pärt n’a-t-il plus rien à dire?

Mercredi, juillet 6th, 2011

Le 4 juillet dernier, Benoît XVI fêtait les 60 ans de son ordination comme prêtre. A cette occasion, 60 artistes contemporains ont été invités à s’exposer au Vatican, parmi lesquels le compositeur de musique de films italien Ennio Morricone, mais aussi l’Estonien Arvo Pärt (qui avait déjà rencontré le pape le 1er octobre 2010, à l’occasion de l’interprétation au Vatican de Cecilia vergine romana) .

Pendant la cérémonie du 4 juillet, Pärt s’est mis au piano pour interpréter son Vater Unser (Notre Père), une oeuvre  composée en 2005 pour piano et soprano garçon, avant de remettre à Benoît XVI une copie dédicacée.

Je  discutais avec un ami de l’étonnante simplicité de cette pièce, très tonale. Cet ami, très fan de la musique de Pärt des années 70-80, m’avouait son désenchantement : « c’est terrible… c’est comme s’il n’avait plus rien à dire ». Mais pour un compositeur qui est passé des clusters de l’avant-gardisme aux monodies du chant grégorien, et qui pense qu’ « il n’y a pas de progrès possible en art », cela ne m’étonne pas. C’est un morceau simple et naïf, mais très agréable à l’oreille, et même s’il n’apporte rien de novateur et de génial au répertoire de la musique classique, et qu’il flirte avec un léger sentimentalisme,  il contient une certaine pureté, propre à Pärt,  qui fait résonner chaque note, sans rien de superflu.  Mais il est vrai qu’on est loin de la pureté blanche de son style tintinnabuli, et d’une pièce comme Für Alina ou Spiegel und Spiegel… Avec Vater Unser, l’originalité propre à Pärt semble avoir disparu… Alors, Arvo Pärt n’a-t-il vraiment plus rien (d’original) à dire  ?
Et d’autres questions – plus générales sur la musique – me viennent à l’esprit… quels critères pour juger de la qualité d’une oeuvre ? Qu’est-ce qui importe, la musique pour elle-même, ou l’émotion qu’elle véhicule ?

Si vous connaissez d’autres musiques de Pärt, je vous invite à comparer avec ce Vater Unser, et à me dire ce que vous en pensez :

> L’oeuvre est maintenant disponible à la vente sur le site d’Universal (partition & CD : 14€95)

Arvo Pärt suscite l’émotion du pape

Jeudi, décembre 16th, 2010

L’émouvante oeuvre pour choeur et orchestre de Pärt Cecilia vergine romana fut interprétée le 1er octobre dernier au Vatican, lors d’un concert où figuraient également des oeuvres de Haydn (Symphonie n°94) et Beethoven. (Fantaisie pour piano, choeur et orchestre). L’oeuvre de Pärt raconte le martyr de  Sainte Cécile, patronne des musiciens,  sur son chemin de croix.

Le pape, qui a assisté à l’intégralité du concert, fit une analyse tout à fait intéressante de la musique qu’il avait entendue… Pour lui, les oeuvres de Haydn et Beethoven représentent l’universalité de l’art, et montrent que l’art est un « procédé pour définir le rôle de l’humain dans le monde », alors que l’oeuvre de Pärt explore une tout autre réalité, transcendante à notre monde physique.

L’oeuvre Cecilia « symbolise le rôle et le devoir de la foi dans le monde. » « En contraste avec la force vitale naturelle qui se trouve en tout homme, il existe une autre force qui émane de la parole de Dieu, une parole ‘qui provient du silence’ comme l’affirme St Ignace. Ecouter et obéir à la voix qui provient d’un monde transcendant nécessite un grand silence intérieur. Cette voix apparaît également dans les phénomènes naturels, puisque c’est la force de cette voix qui créa et régule le monde. Mais reconnaître cette voix nécessite un cœur humble et obéissant, comme nous l’apprend St Thérèse. La foi suit la parole sacrée dans un lieu que l’art ne saurait atteindre tout seul. La foi peut être suffisamment forte pour suivre cette parole sacrée jusqu’à une épreuve de soi-même, au sacrifice de soi-même, comme l’a fait Cecilia. En conséquence, chaque acte d’amour authentique, du plus petit sacrifice de la vie de tous les jours jusqu’à la mort d’un martyr relève du plus grand art que l’homme puisse produire, un chef-d’œuvre. Ici la vie elle-même devient un chant : la symphonie qui nous attend et que nous chanterons ensemble au paradis. »

> Lire la source originelle de cette info (en anglais)