Riccardo Chailly maître de la danse salle Pleyel
Lundi, février 27th, 2012Après l’intégrale des symphonies de Beethoven dirigées à la tête du Gewandhausorchester de Leipzig en octobre dernier, le chef d’orchestre italien Riccardo Chailly revient salle Pleyel pour une série de concerts avec l’Orchestre de Paris.
Quel est le point commun entre un jeune virtuose allemand, lancé sur la vague de la célébrité grâce à sa fougue pianistique et créatrice, mais bientôt atteint de surdité, et un basque aux influences ibériques, lié pour un temps à la troupe du russe Diaghilev ? De s’être tous deux penchés sur les mythologies anciennes afin d’y puiser l’inspiration et d’orner deux ballets de leurs audaces musicales.
Au soir du jeudi 23 février, l’Orchestre de Paris donnait donc Beethoven et Ravel, sous la baguette du maestro Riccardo Chailly, avec l’ouverture des Créatures de Prométhée (composé en 1801) et la version intégrale de Daphnis et Chloé (1912). Au milieu se logeait le Concerto pour piano n°2 (1795) du même Beethoven, servi par les doigts aériens de la pianiste portugaise Maria Joao Pires.
Les premiers accords de l’ouverture viennent à peine d’ébranler le parquet de la salle qu’une certitude se profile : la scène sera ce soir un théâtre. A l’introduction particulièrement solennelle et dramatique, dont l’intensité va de pair avec les silences que Chailly laisse avec bonheur sonner, succède un thème redoutable pour les premiers violons. Menées par le violon solo Philippe Aïche, les cordes s’unissent en une cavalcade épique, ébouriffant jusqu’aux cheveux du chef.
Invité pour la deuxième fois à diriger l’Orchestre de Paris (la première fois remonte à 1985), Riccardo Chailly impose à la formation une main à la fois ferme et souple, dévoilant palette sonore et contrastes saisissants. A la puissance du voleur de feu défiant les dieux répond, quelques mesures et applaudissements plus tard, la délicatesse du toucher de Maria Joao Pires. Faisant fi de la traditionnelle et quelque peu empesée robe de concert, la pianiste salue son public en jupe bariolée et tunique ample. Entre l’énergique allegro con brio et le rondo dansant du troisième mouvement du concerto, on retiendra surtout l’adagio : au dessus d’un orchestre devenu écrin, la ligne mélodique semble à chaque instant sur le point de se rompre, gardant paradoxalement dans son extrême fragilité une assurance déterminée. Le jeu de la pianiste s’approche là d’une épure quasi parfaite.
Les vingt minutes d’entracte ne sont alors pas de trop pour changer d’atmosphère et se préparer à la suite du programme. Fortement inspiré par Igor Stravinski (1882 – 1971) qui créa à la même époque la musique des ballets L’Oiseau de feu et Petrouchka, Ravel pimente l’habituelle sensualité de ses harmonies d’une sauvagerie païenne empruntée au compositeur russe. Joué en entier, ce qui est suffisamment rare pour être apprécié, Daphnis et Chloé prend les allures d’une fresque : les pâtres d’une Grèce antique fantasmée tantôt dansent au rythme endiablé d’une bacchanale à cinq temps, tantôt s’éveillent au son d’un solo de flûte caressant, tantôt se laissent porter par les vocalises du chœur de l’Orchestre de Paris… Chailly mène sûrement la danse, jusqu’à l’explosion finale.
Derrière les musiciens qui quittent un à un la scène, on croit alors apercevoir Nijinski, le créateur du rôle de Daphnis, suivi du dieu Pan et de son cortège de nymphes… Le rideau tombe (métaphoriquement bien sûr).
Pour aller plus loin
Concert à revoir gratuitement jusqu’au 22 août sur Arte Live Web :


