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La musique classique est une musique qui s'écoute...[essai]
Arvo Pärt : une spiritualité vécue... [récit]
Promenade initiatique dans le jardin musical de Schubert... [article]
09/2005
02/2006
2005




Arvo Pärt, une spiritualité vécue

Un soir, à la tombée de la nuit, je suis monté en haut des remparts, d'où l'on a un panorama sur toute une partie de la ville. Je me suis assis, immobile, et j'ai regardé la ville, ses lumières, ses couleurs, son environnement et ses artifices urbains, le va-et-vient de ses habitants, de ses voitures ; j'ai réalisé à la fois toute la complexité déstabilisante et vertigineuse de la chose, tous ces différents éléments qui s'entremêlent, ces combinaisons et ces relations, et à la fois le caractère fuyant, insignifiant et éphémère de tout ce bouillonnement général ; c'était ça la vie de tous les jours, je vivais parmi tout cela, j'en faisais partie. Je voulais étouffer tous les bruits environnants de ce spectacle urbain, comme pour m'en isoler momentanément, retrouver la sensation que pourrait ressentir un sourd dans une telle situation. C'est alors que, assis sur un banc à mi-chemin entre cette complexité déconcertante de la ville, et la mystérieuse sérénité de la voûte étoilée au dessus de moi avec ses ombres de nuages et son fragment de lune, j'ai mis un morceau d'Arvo Pärt dans mes oreilles, le Cantus à la mémoire de Benjamin Britten. Comment décrire mon émotion durant ces cinq minutes pleines d'extase et de transe… L'effet in vivo de cette musique sur ma contemplation déjà existante de la ville a été celui de quelqu'un qui se sent transporter sur un autre plan de conscience, avec un nouveau rapport au monde ; la séparation avec le monde m'a semblé réelle, je ne faisais plus partie de cette ville, et pourtant elle était toujours là, sous mes yeux : c'est comme si la musique révélait le sens profond de toutes les images qui parvenaient à moi et me proposait une toute nouvelle perspective sur ce que je voyais déjà. Plus rien n'avait de sens…. ou plutôt…. tout avait un sens. La musique m'a fait réaliser l'absurdité de ce que je voyais, l'absurdité de toutes les pseudo-vérités, les lois, les structures et les valeurs de la société ; je me sentais comme ébloui d'une lumière nouvelle qui m'a fait comprendre à quel point nous vivions dans le faux, l'inutile et l'absurde. Comme nous étions à côté de la plaque ! La Vérité, elle, se trouvait dans la musique. Celle d'Arvo Pärt, sans doute la plus profonde de toutes les musiques…. Plus spirituelle que toute religion, plus forte que toute drogue…. A la multiplicité et à la complexité exponentielle du monde contemporain, responsable entre autres des identités psychologiques déboussolées et des personnalités humaines défragmentées, elle est un point d'ancrage dans une éternité gorgée de silence, de pureté et de simplicité, un retour à l'Unité, à soi-même et à son identité propre et authentique ; aux souffrances et aux douleurs d'un monde soumis aux lois de la différenciation, de la relativité et des rapports de force, elle est un refuge, un baume des plus apaisants, un souffle d'être et un frein à l'incessante fuite en avant… du temps.

Richard Holding

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