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la musique classique désacralisée

Archive for the ‘Emotions’ Category

Pour la St Valentin, faites l’amour et écoutez Schubert!

Mardi, février 14th, 2012

En cette journée de la Saint Valentin, l’amour fait le buzz sur le web et via les réseaux sociaux, entre partage de chansons d’amour, conseils pratiques pour trouver l’âme soeur et autres aphorismes à l’eau de rose. Alors j’ai décidé, moi aussi, de jouer le jeu, et même si j’ai – moi aussi – versé ma larme en regardant Titanic, ce n’est pas « My heart will go on » de Céline Dion que j’ai choisi pour vous, chers lecteurs de musicaeterna, mais un duo d’amour de Franz Schubert, ce malheureux « petit champignon viennois » décédé à 31 ans, qui ne s’est jamais marié, et qui n’a, semble-t-il jamais goûté aux joies de l’amour, si on exclut son aventure de jeunesse avec  la soprano Thérèse Grob, dont on manque cruellement de détails.

Le lied s’appelle « Licht und liebe », D352, sur un texte de Matthäus von Collin (1779-1824), et je vous le propose ci-dessous dans une version pour baryton et mezzo, avec des interprêtes de tout premier choix : Fischer Dieskau, Janet Baker, et Gerald Moore au piano. Enjoy !

Ensemble OTrente, créateur d’émotions mystiques a cappella

Mercredi, janvier 18th, 2012

Ensemble OTrente, mardi 17/01 au Temple du Saint-Esprit à Paris © Richard Holding

Le mardi 17 janvier, c’était le jour de la Sainte Roseline. Mais j’avais rendez-vous, quant à moi, avec le Saint-Esprit, dans son temple protestant du 8e arrondissement. Je ne suis pas croyant, mais il me semble que si je l’étais, j’associerais bien volontiers le mystère du Saint-Esprit avec le mystère de l’harmonie musicale : une force pénétrante qui vous remplit d’une joie indicible, une énergie mystique issue du tréfonds de l’univers qui vous replace dans le champs de la solidarité  métaphysique ; vous savez, cette émotion extatique qui vous fait comprendre, avec à la fois légèreté et profondeur : ah, je ne suis pas seul au monde!…

Encore faut-il, pour expérimenter cet état d’esprit, que les musiciens soient à la hauteur de votre attente. C’était pleinement le cas ce soir-là, avec une prestation époustouflante du choeur OTrente dirigé par le jeune surdoué Raphaël Pichon, dans un programme de musique sacrée du début 20e siècle avec Howells, Martin, Holst et Vaughan Williams. Ma précédente envolée métaphysique, ça avait été à l’Oratoire du Louvre le 2 novembre 2011, avec le Choeur Philharmonique de Chambre d’Estonie chantant Arvo Pärt, dirigé par Paul Hillier, clairement l’un des plus beaux choeurs du monde. Mais l’émotion était tout aussi pleine en ce mardi hivernal, même si, contrairement au concert Pärt, je découvrais la majorité des oeuvres chantées ; idéalement assis au premier rang, à 3 mètres du choeur, la musique m’a frappé de plein fouet, mais rien de douloureux, bien au contraire…

J’ai surtout été frappé par la précision de l’interprétation, l’admirable maîtrise des nuances (la magie des tous premiers sons du Nunc Dimitis de Holst qui semblaient réellement provenir d’un autre monde…), la projection des voix, perçante et d’une clarté cristalline dans l’acoustique exceptionnelle du Temple, et par dessus tout, la solidité et l’endurance du choeur – composé principalement d’excellents amateurs – dans ce programme a cappella très exigeant.

Le Requiem de Herbert Howells (1892-1983), composé en 1932, a la particularité de mêler une partie du texte latin de la messe des morts (requiem aeternam) avec des  psaumes anglicans. C’est une oeuvre de toute beauté qui, en alternant des séquences harmoniques très riches et modulantes, avec des séquences à l’unisson ou à la polyphonie plus clairsemée,  prend ses sources dans l’héritage vocal de la Renaissance tout en s’inscrivant dans la modernité de son époque.  Les passages chantés sur les paroles « requiem aeternam » baignent dans une atmosphère de pure contemplation, malgré leur caractère recueilli et plutôt sombre. Les chanteurs d’OTrente, malgré quelques très légères hésitations, en ont livré une interprétation absolument sublime, sous une direction très élastique de Raphaël Pichon, que l’on n’est pas habitué à voir dans un tel répertoire (ses concerts et enregistrements pour l’ensemble de musique ancienne Pygmalion sont plus beaucoup plus médiatisés) ; ses gestes souples, très poétiques, débarrassent de la musique de son côté métronome, et lui redonnent toute sa sensibilité, sa fraîcheur et sa spontanéité.

La deuxième grande oeuvre de ce programme, vocalement très exigeante, était la Messe à double choeur du compositeur suisse Frank Martin, un véritable monument du répertoire choral a cappella du 20e siècle. Là encore, la prestation du choeur était tout à fait épatante. De par son ampleur et sa complexité, l’oeuvre est un peu moins évidente à apprécier au premier abord, mais c’est un véritable morceau de bravoure pour le choeur, obligé d’afficher toute sa palette de qualités vocales, jusqu’à la toute dernière note de l’Agnus Dei. En introduction de ces deux grandes pièces, l’ensemble a chanté deux pièces sacrées  plus brèves, le Nunc Dimitis de Gustav Holst et le O vos omnes de Ralph Vaughan Williams.

Au final, c’est un programme d’environ une heure de musique intégralement a cappella que les Parisiens auront la chance de réentendre ce vendredi 20 janvier à 20h45 à la basilique Sainte Clotilde, dans le 7e arrondissement ; si vous aimez la musique chorale, sacrée et a cappella qui plus est, je ne peux que vous encourager à aller écouter ce magnifique choeur, qui n’a rien à envier aux formations plus médiatisées… L’énergie est réelle, l’émotion et la qualité sont au rendez-vous, les oeuvres sont belles et rares… que demander de plus ?!

L'Ensemble OTrente avec son chef Raphaël Pichon, mardi 17/01 au Temple du Saint-Esprit à Paris © Richard Holding

Arvo Pärt à Paris, un petit goût de paradis

Dimanche, novembre 6th, 2011

Arvo Pärt, célèbre compositeur estonien aujourd’hui âgé de 76 ans, est à l’honneur du festival Estonie Tonique avec 3 concerts donnés dans différents lieux parisiens, avec notamment la création française de son oeuvre Adam’s Lament le 4 novembre au Centquatre.

Arvo Pärt et le chef estonien Olari Elts, en pleine répétition de l'oeuvre "Adam's Lament", le 3/11/11 au Centquatre à Paris © Richard Holding

Dans une société aux valeurs matérialistes, où les individus, lancés dans une course effrénée et insatiable vers l’hyper-consommation s’achètent et se revendent les uns les autres, le désir d’unité, d’amour et de spiritualité n’ont jamais été aussi forts. Beaucoup ne ressentent pas le besoin de se poser de questions métaphysiques, et se consument dans l’éphémère. D’autres en ressentent l’étourdissement et la futilité, et se languissent de repères plus stables et atemporels, qu’ils trouvent auprès de l’amour familial ou dans la religion.

Pour ma part, c’est surtout dans l’art, plus particulièrement la musique, que je trouve un ancrage existentiel, et que m’abreuve de spiritualité. En tant que non-croyant, on peut trouver étonnant que j’emploie le mot « spiritualité », mais je ne vois pas pourquoi la religion aurait l’exclusivité d’une telle réalité, car par spirituel j’entends simplement le contraire de matériel ; ce qui relève du domaine de la conscience, de l’esprit. Et pour moi la musique est d’essence spirituelle, voire métaphysique, car elle n’exprime rien de matériel ou de corporel de ce monde, elle est son propre monde.

C’est d’autant plus flagrant dans une musique aussi planante et atemporelle que celle du compositeur estonien contemporain Arvo Pärt qui lui, pour le coup, est un homme très pieux, et même s’il ne compose pas de la musique à vocation liturgique, elle est toujours d’inspiration religieuse, le plus souvent fondée sur un texte sacré.

Alors que la religion suppose une conversion, un acte de foi, avec des règles et des préceptes définis par une minorité, la musique parle à chacun de nous dans un langage clair et universel, que nous soyons catholiques, juifs, homosexuels ou végétariens. La musique ne porte pas de jugement sur les hommes, elle est au delà, elle exprime son propre univers, loin du notre, dépassant ainsi les différences sociales, culturelles et religieuses ;  »la musique est plus forte que toute drogue et toute religion », disait le chanteur de metal Marilyn Manson…

Arvo Pärt, ambassadeur de la musique estonienne à Paris

Mais revenons à Pärt, l’un des invités phares d’Estonie Tonique à Paris, un festival qui continue jusqu’à la fin du mois de novembre et qui met à l’honneur l’art contemporain de ce petit pays balte, qui, bien que longtemps sous le joug de l’empire soviétique, a su s’émanciper culturellement et surtout musicalement.

Trois concerts principalement dédiés à Pärt ont été proposés dans le cadre de ce festival, le premier le 7 octobre à l’Eglise Saint-Eustache, par le Choeur national d’hommes d’Estonie, le second à l’Oratoire du Louvre, le 2 novembre, dans un programme de pièces pour choeur a cappella ou avec orgue, et le dernier le 4 novembre, dans l’étonnant Centquatre, avec la création française d’une oeuvre d’envergure composée en 2009 : Les lamentations d’Adam.

Rater la venue d’un aussi grand compositeur que Pärt à Paris c’est comme regarder le Tour de France à la télé alors qu’il passe devant chez soi. J’ai raté le concert du 7 octobre, mais je savais que deux autres portes célestes allaient s’ouvrir quelques semaines plus tard, et j’ai donc attendu le mercredi 2 novembre à 20h36 – jour des morts dans la tradition catholique -, pour goûter une première fois au paradis estonien. Et c’est en plein coeur de Paris, au milieu des trottoirs bondés et des boulevards embouteillés, que la magie a opéré, dans  l’Oratoire du Louvre.

Concert ou rite spirituel ?

Sous la direction de Paul Hillier, grand interprète et spécialiste de la musique Pärt, auteur d’ailleurs d’un livre sur le compositeur, le Choeur Philharmonique de Chambre d’Estonie et l’organiste Christopher Bowers-Broadbent nous ont offert une heure et demie de pure joie – religieuse pour les uns, esthétique pour les autres. Il faut dire que le lieu, la programmation du concert (suite de pièces sacrées, entrecoupées de pièces pour orgue seul), jetaient un flou sur la frontière entre concert et cérémonie liturgique. Personnellement, je n’en ai que faire de la liturgie pour me sentir au paradis, et c’est moins le texte et sa portée religieuse que l’émotion purement musicale qui m’intéresse, et qui me procure une paix intérieure.

J’ai été particulièrement heureux de découvrir des pièces inédites, qui n’ont pas encore été enregistrées, comme Veni Creator, Anthem of Saint John the Baptist, The Deer’s cry et Morning Star. J’ai adoré cette dernière oeuvre, assez courte, qui va des ténèbres à la lumière : « Christ est l’étoile du matin, qui, lorsque la nuit de ce monde est passée, apporte à tous ses saints la promesse de la lumière de la vie et ouvre le jour éternel. » Pas besoin de croire en Jésus pour être en extase devant cette trappe de lumière ouverte par le génial cheminement musical, et on peut très bien remplacer « Christ » par « Amour », soit religion par humanité, tout simplement.¨

Le public applaudit Arvo Pärt (à droite) et le Choeur Philharmonique de Chambre d'Estonie, le 2/11/11 à l'Oratoire du Louvre (Paris) © Richard Holding

Ce que j’ai admiré par dessus tout dans ce concert qui a fait salle comble, c’est le respect des auditeurs, qui sont restés dans un silence béat d’un bout à l’autre. Pas ou peu de toussotements, de chaises qui grincent, de programmes qui tombent… c’est assez rare pour être signalé, et ça prouve à quel point la magie pärtienne – tissée de silences – a opéré sur un public attentif et disponible. L’interprétation magistrale y était aussi pour quelque chose – j’ai rarement entendu un choeur aussi pur et cristallin -, mais aussi et surtout, Arvo Pärt faisait lui-même partie du public, les yeux fermés et la tête posée contre le mur, inspirant ainsi respect, contemplation et méditation.

Paradis perdu, paradis retrouvé…

On ne peut malheureusement pas en dire autant du concert du 4 novembre, au Centquatre. Le lieu – un ancien bâtiment de pompes funèbres – a été superbement remodelé, mais paraît peu adapté à l’intimité d’une musique comme celle de Pärt, qui réclame un silence absolu. Le problème c’est qu’il s’agit d’un grand espace ouvert, un peu comme un hall de gare, et les moindres petits bruits (des pas, une porte qui grince, un bébé qui crie, une chasse d’eau des toilettes…), même s’ils sont éloignés de la scène, résonnent et viennent perturber le climat de quiétude qui enveloppe la musique de Pärt. Et que de toussotements dans le public!!!

Le Choeur Philharmonique de Chambre d’Estonie et l’Ensemble orchestral de Paris placés sous la direction d’Olari Elts, interprétaient donc en création française Les lamentations d’Adam, une oeuvre longue de 18 minutes. De Pärt il y avait aussi Ein Wallfahrtslied, Summa, et Da pacem Domine. La première partie du concert était consacrée au compositeur français Thierry Eschaich, dont l’oeuvre phare était le Concerto pour orgue et orchestre n°2, une musique rythmée, pleine d’énergie, mais qui m’a fait plus penser à une musique d’action d’un film qu’autre chose.

Les quatre oeuvres de Pärt ont été interprétées à la suite, sans coupure (à part évidemment les inévitables toussotements et grincements de chaise de la part du public…). L’oeuvre qui m’intéressait le plus était la création française, car je connaissais les 3 autres.  Pärt a composé là une oeuvre un peu dans la même veine que Cecilia Vergine Romana, et on pense aussi à sa Symphonie n°4 dite « Los Angeles » (les anges). Elle est écrite pour choeur mixte et orchestre à cordes, et on y retrouve tous les ingrédients de la sauce pärtienne des années 2000, avec une musique qui procède par petites touches, courts motifs récurrents,  et qui laisse une place importante au choeur, qui chante d’ailleurs plusieurs fois a cappella.

Le texte raconte les souffrances d’Adam, après qu’il fut chassé du paradis. Arvo Pärt offre cette clé d’écoute : « Pour moi, le nom d’Adam est un nom « collectif » non pas simplement évoquant l’humanité tout entière, mais aussi chaque individu, indépendamment de son époque, de sa classe sociale ou de sa croyance religieuse. Adam se lamente sur cette Terre pour des millénaires. Notre ancêtre a pressenti la tragédie humaine, éprouvé sa culpabilité, le résultat de son péché. Il a subi tous les cataclysmes de l’humanité dans les tréfonds d’un désespoir inconsolable et jusque dans son agonie. »

Pas très joyeux tout ça, mais on peut effectivement considérer Adam comme un mythe universel qui parle à chaque homme, tout en le débarrassant de cette culpabilité chrétienne qui n’a selon moi pas lieu d’être. On peut considérer l’existence comme une source de souffrance, mais je refuse de mettre cette souffrance sur le compte de soi-disant « pecheurs »… Pour moi la souffrance nait de l’ignorance, du non-sens de l’existence, du vide angoissant qui s’ouvre devant nous. Mais un vide qu’on peut fort heureusement combler, en choisissant de vivre, tout simplement, en donnant un sens individuel à sa vie. Personnellement, le sens de ma vie je le perçois en écoutant une telle musique, qui a une vertu consolatrice ; en l’écoutant, je me sens porté vers un plan de conscience supérieur, qui pourrait être celui de l’intuition (telle que la conçois le philosophe Bergson), c’est-à-dire une conscience intime de la puissance vitale qui nous anime et qui nous relie au reste de l’univers. Car c’est bien cela que je ressens : une émotion de solidarité avec le Tout, la conscience d’être un microcosme au sein du macrocosme, et non pas une entité individuelle et solitaire.

Et ce que je trouve encore plus génial dans cette oeuvre de Pärt, c’est sa manière de nous parler de l’absence du paradis, tout en nous introduisant dans le paradis, qui est celui généré par la beauté de sa musique toute spirituelle…

Arvo Pärt salue le public à l'issue du concert au Centquatre à Paris, qui a vu la création française de son oeuvre "Adam's Lament", le 4/11/11 © Richard Holding

Immortelle Tosca

Vendredi, octobre 1st, 2010

Elle se suicide bien, Tosca, dans l’opéra de Puccini. Mais je ne me lasserai jamais de la ressusciter. J’avais découvert cet opéra au cinéma, en 2001, grâce au film de Benoit Jacquot, avec le duo passionnel Roberto Alagna-Angela Gheorghui, et l’imposant Ruggero Raimondi dans les rôles titres.
10 après, je viens de revoir le film. L’émotion est toujours aussi forte, et  ça reste mon opéra italien préféré…

Les duos d’amour mis de côté (que je trouve, personnellement, d’un ennui soporifique…), la puissance dramatique de la musique de Puccini nous tient en haleine jusqu’au bout.  Amour, jalousie, trahison, malice, vengeance…  La musique sublime les sentiments bruts pour en faire des boules de feu passionnels et tragiques. Les merveilleuses mélodies s’entrelacent en leitmotivs avec variations, dans une trame sonore qui nous prend aux tripes, du puissant Te Deum jusqu’au poignant « E lucevan le stelle » de Mario Cavarodossi, le cri désespéré du condamné à mort, qui se rappelle des joies de l’amour et du cadeau de la vie…

Liturgie spatiale pour Monteverdi

Jeudi, janvier 29th, 2009

« Un grand nombre de Français prennent des antidépresseurs et vivent dans la solitude du grand amour. Avec la crise, ils risquent de sombrer dans l’alcool et dans la drogue. Ceux qui auront entendu les Vêpres, vivront autrement c’est sûr. »

Telle est, en tout cas, la conviction du plasticien russe Oleg Kulik, créateur de la « liturgie spatiale » donnée en janvier 2009 au Théâtre du Châtelet, un spectacle enivrant élaboré à partir des Vêpres à la Vierge de Claudio Monteverdi, mêlant musique, chorégraphie, bruitages, lumières, parfums et costumes… Un festin sensoriel dont la bizarrerie contemporaine a sans doute offusqué plus d’un puriste, mais que les plus affranchis auront savouré avec ravissement et plénitude, tant la mise en espace et en couleurs, loin de l’endommager, profite à ce chef-d’oeuvre immortel de la musique sacrée composé il y a 400 ans.

La musique, temporelle par essence, revêt chez Monteverdi une dimension très spatiale qui se ressent particulièrement bien dans les Vêpres et le « Magnificat » notamment (double choeurs, effets d’écho…). Le choix d’Oleg Kulik (révélé en rêve, d’après ses dires, par Monteverdi lui-même…) n’est donc pas surprenant vu à quel point la mise en perspective de cette musique semble évidente et nécessaire pour être appréciée à sa juste valeur. Musique et lumières se fondent en une esthétique singulière, par moments énigmatique et hallucinée, à d’autres magique et hypnotisante, mais contrairement à ce qu’on aurait pu penser, le visuel ne vole pas la vedette au sonore. Le visuel sert la musique, la valorise et la magnifie. Certes, l’inventivité plastique de l’artiste russe a de quoi étonner et déconcerter par son étrangeté, mais plus que les détails, c’est l’impression générale qui importe, l’expérience fusionnelle et contemplative proposée au spectateur.  La conception sonore  d’Hermes Zygott est assez curieuse (mélange de cloches, cigales, tonnerre, craquement de tablette de chocolat, sons de tracteur, etc…!), mais jamais elle ne pollue la substance musicale première, interprétée avec fidélité et respect pour le compositeur. Le chef Jean-Christophe Spinosi, l’Ensemble Matheus et le Choeur du Châtelet nous offrent une prestation extraordinaire, malgré quelques décalages qu’on peut leur pardonner en raison de la complexité chorégraphique et scénographique.

Malgré la nature religieuse des Vêpres et le terme de « liturgie spatiale » employé par Oleg Kulik, l’expérience se veut avant tout esthétique :« j’attends du public un élan non pas vers Dieu mais vers les autres » dit Oleg Kulik. Mais libre à chacun de vivre l’émotion élévatrice de ce spectacle étonnant comme il le souhaite.

Concert. Paris, Théâtre du Châtelet. 29-01-2009.Claudio Monteverdi (1567 – 1643) : Vespro della beata Vergine. Conception visuelle, mise en sècne, lumières et costumes : Oleg Kulik. Scénographie : Denis Kryuchkov. Conception sonore : Hermes Zygott. Choeur Du Châtelet, direction : Gildas Pungier. Ensemble Matheus, direction : Jean-Christophe Spinosi.