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la musique classique désacralisée

Archive for the ‘Compositeurs’ Category

Paul Mealor, compositeur contemporain en tête des meilleures ventes classiques en GB

Vendredi, novembre 25th, 2011

crédit : Jillian Bain Christie

Pour la première fois en 20 ans, depuis Henyrk Gorecki et sa célèbrissime Symphonie n°3, un compositeur contemporain de musique « savante » arrive en tête des meilleures ventes de disques au Royaume-Uni. Paul Mealor, qui souffle d’ailleurs aujourd’hui même ses 36 bougies, a été révélé au grand public grâce à sa magnifique pièce pour choeur « Ubi Caritas », commandée par le couple princier Kate et William pour leur cérémonie de mariage (cf vidéo ci-dessous).

Le disque qui arrive en tête du « Classical chart » s’appelle « A Tender Light« , édité chez Decca, sur lequel figure « Ubi Caritas » mais  aussi un « Stabat Mater » et un « Ave Maria », des oeuvres assez belles aussi mais bien trop « sucrées » pour mes oreilles habituées à la pureté expressive d’un Pärt ou d’un Gorecki.  Mais si vous aimez John Rutter ou Eric Whitacre (ce qui n’est pas vraiment mon cas), vous aimerez à n’en pas douter la musique de ce jeune gallois, tellement les univers semblent proches…

Dans sa biographie sur Wikipedia, un journal américain est cité qui décrit la musique de Mealor comme « stylistiquement évolué de Pärt et de Gorecki, et qui témoigne d’une profonde introspection ». Personnellement – mais mon jugement ne se base que sur quelques oeuvres – je ne trouve rien de bien original chez Mealor, tout ça ressemble beaucoup à du recyclage de compositeurs déjà passés par là. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Arvo Pärt : une spiritualité vécue

Jeudi, novembre 5th, 2009

Artiste unique dans le paysage de la musique contemporaine, Arvo Pärt séduit un public de mélomanes de plus en plus nombreux. Son langage musical, dépouillé, gorgé de silence, paraît directement s’inscrire dans le registre de l’éternité ; l’auditeur, touché au plus profond de son être, ne peut manquer de ressentir à son écoute une vive et profonde spiritualité, peu importe la nature de sa foi et de ses croyances. Certains artistes de musique populaire s’en réclament ouvertement (la chanteuse islandaise Bjork notamment, ou, plus surprenant, Marilyn Manson, star mondiale de black metal, pour qui « la musique d’Arvo Pärt est plus forte que toute drogue et toute religion »…). Les cinéastes aussi sont particulièrement friands de ses pages pures et décolorées (comme la pièce pour piano Für Alina, qui joue un rôle central dans le film La chambre des officiers).

Arvo Pärt, lui, est un orthodoxe septénaire d’origine estonienne, à l’humour fin et aux manières courtoises, pour qui la musique est inséparable des textes sacrés qu’il emploie comme matière ou comme inspiration pour ses œuvres. La barbe épaisse, le front bombé et le regard illuminé lui donnent une authentique allure de gentleman mystique… Pieux et discret, il préfère le recueillement d’une église ou d’un monastère à l’effervescence d’une salle de presse ou de concerts.

A la fin des années 70, Arvo Pärt marquait singulièrement son époque en inventant un langage musical à l’apparence rudimentaire, en décalage total avec la plupart des expérimentations avant-gardistes de ses contemporains, de plus en plus obnubilés par la complexité conceptuelle et le fractionnement sonore. Arvo Pärt lui-même, dans ses débuts, manipulait les techniques sérielles et dodécaphoniques (Symphonies 1 et 2, Pro & Contra, etc.), mais la censure de son œuvre Credo par les autorités soviétiques à la fin des années 60 (en raison de ses références religieuses) provoqua un grand coup d’arrêt dans son activité de compositeur.

Plusieurs années de silence créatif s’ensuivirent pendant lesquelles Pärt se plongea dans l’étude des partitions sacrées du Moyen-âge et de la Renaissance (chant grégorien, polyphonies de Josquin Deprez, etc.). Un véritable «retour aux sources » et un isolement quasi-monastique qui ont littéralement métamorphosé son langage musical. La pièce Für Alina pour piano seul, étonnamment simple, pure et belle, signe l’acte de naissance du style « tintinnabuli », un qualificatif choisi par Pärt lui-même pour définir ce qui correspond à la fois à une technique et à une philosophie musicale : « J’ai découvert que c’est assez si une seule note est magnifiquement jouée (…). Les trois notes de l’accord parfait sont comme des cloches. C’est pourquoi j’emploie le mot de « tintinnabulement ».

A écouter certaines œuvres vocales composées dans ce style (Magnificat, De Profundis…), il vient à l’auditeur cette curieuse impression de se sentir projeté plusieurs siècles en arrière, en même temps qu’il expérimente quelque chose de totalement inouï. Telle est la magie pärtienne qui opère dans la lignée des chef-d’œuvres composés dans les années 70 et 80 selon les règles strictes du style « tintinnabuli » depuis Für Alina (Tabula Rasa, Fratres, Kanon Pokajanen, Te Deum…).

Ces dernières années toutefois, sentant peut-être les limites d’un langage trop austère, trop pur pour se renouveler indéfiniment, Arvo Pärt s’est mis à explorer de nouvelles brèches pour élargir son champ de créativité ; son orchestration se raffine et son écriture gagne en densité (polytonalité, dissonances plus audacieuses). Son art dans son ensemble délaisse sa blancheur originelle pour d’autres couleurs, plus contrastées (ex les œuvres : Lamentate, Como Cierva Sedienta, In Principio…). La quintessence « tintinnabulesque » demeure toutefois intègre à travers toute sa musique, les nouvelles compositions naissant comme autant de fruits musicaux de couleur et de forme différente reliés au même noyau spirituel. L’émotion transparaît toujours dans cette manière propre qu’a Pärt de faire résonner chaque son pour ressaisir par la durée une certaine forme d’absolu.

Troublés par l’éphémère de leur environnement immédiat, la complexité effervescente et vertigineuse du monde qui les entoure, les assoiffés d’unité et de sérénité spirituelle entendent chez Arvo Pärt une voix consolatrice qui retentit dans l’éternité. Pour beaucoup, les compositions de Pärt génèrent une expérience unique de spiritualité réellement vécue, comme des ingrédients d’un nectar mystique dans lesquelles mélomanes de tous genres et de toutes espèces peuvent s’abreuver avec ravissement et délectation.