Kaspar Förster ou la virtuosité baroque à la polonaise

Kaspar_Forster_traversess_baroquesKaspar Förster. Non, ce n’est pas la marque d’une nouvelle bière trouble de l’Europe du Nord, mais le nom d’un compositeur polonais plutôt méconnu du XVIIe siècle, qui refait aujourd’hui surface grâce au formidable travail de l’ensemble Les Traversées Baroques. La redécouverte des compositeurs baroques oubliés, c’est la spécialité de cet ensemble dijonnais fondé par Etienne Meyer et Judith Pacquier, et fort est à parier que leur nouveau disque, à paraître le 16 octobre, suscitera à la fois curiosité et fascination chez tous les amoureux du baroque.

Après les compositeurs Marcin Mielczewski et Mikolaj Zielenski, c’est le troisième enregistrement que les Traversées Baroques consacrent à la richesse musicale de la Pologne du XVIIe siècle. Ici, on découvre avec bonheur toute la virtuosité du « stylus phantasticus » de Förster, compositeur novateur ayant vécu à Dantzig, et dont la carrière musicale fut jonchée par de nombreux voyages stimulants à travers l’Europe, de l’Italie jusqu’au Danemark. Plus libre et moins contraignant que d’autres techniques employées à l’époque, le « stylus phantasticus » tire ses origines de la musique pour clavier de Merulo et Frescobaldi en Italie, et marqua durablement tout le baroque allemand jusqu’à Buxtehude et même JS Bach. On ne peut donc sous-estimer l’importance de Förster dans l’histoire de la musique, et en découvrant la dizaine d’oeuvres du présent enregistrement, on ne peut que s’étonner que ce contemporain de Schütz ne se soit pas davantage imposé à la postérité.

Il y a, il est vrai, de nombreuses zones d’ombre dans sa biographie, mais ce que l’on sait c’est qu’il était chanteur en plus d’être compositeur, et qu’il devait avoir une voix de basse plutôt profonde… La difficulté des parties vocales de ses motets se ressent en effet notablement chez la basse qui, dans le motet O bone Jesu, descend jusqu’au si bémol grave ! Dans les parties instrumentales la virtuosité est aussi souvent éclatante, que ce soit chez les violons ou les cornets à bouquin.

Sans hésiter, cet enregistrement marqué par l’inédit et l’originalité, et servi par des interprètes expérimentés et talentueux (Renaud Delaigue, Paulin Bündgen, Anne Magouët, Martial Pauliat, Judith Pacquier…) est l’une des plus belles joies discographiques de l’automne.


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